L’essence d’une vie

Comme certains le savent, j’ai participé cette année à deux concours de nouvelles. Les résultats de l’un d’eux sont arrivés, celui de @LCE74. C’est le premier concours auquel j’ai participé. Il gardera donc une saveur toute particulière même si je ne fais pas partie des textes primés. Avec le recul, je sais que mon texte est trop court, et pas assez abouti. Il m’a cependant aidé pour le concours suivant, dont les résultats ne devraient plus tarder.

Mais comme j’ai eu plaisir à participer, je vous livre ici ce petit texte parce qu’il a quand même eu l’occasion de participer et que ça…c’est déjà pas mal !

Le thème était : la forêt commence ici. Les histoires aussi…

Bonne lecture !

Au commencement, je n’étais qu’une toute petite graine. Ronde. Fragile. A peine le germe d’une idée… Une goutte d’eau m’a effleuré, avant de laisser place à des milliers. La terre m’a adopté, a créé un petit nid douillet dans lequel je me suis lové. Il y a fait tantôt froid, tantôt chaud, et j’ai patienté.

Un jour, la petite graine s’est mise à germer. La fine pousse si fragile s’est péniblement frayée un chemin, au milieu de cette terre inconnue, afin d’atteindre la lumière. Et quelle lumière !

Éclatant, le soleil a posé ses rayons sur moi pour m’envahir de sa chaleur. J’ai cru parfois étouffer, entourée de tant d’amour. Et j’ai grandit, doucement, sûrement. La petite pousse s’est renforcée, s’est épaissie. Je suis devenu tronc. Fin mais résistant face aux intempéries. J’ai plié parfois, poussé par de violentes tempêtes, emmenant tout sur leur passage. J’ai vu mes branches se casser sous le poids de milliers de flocons accumulés.  Mais j’ai tenu bon. 

Certains, autour de moi, moins forts, ont malheureusement péri. Crac ! Ont-ils crié au moment de céder. Mes larmes de sève, personne ne les voyait. Alors j’ai arrêté de pleurer, et j’ai décidé que je deviendrai le plus grand et le plus fort de tous les arbres. Pour eux, pour tous ceux qui n’avait pas pu y arriver. J’ai concentré ce fluide de vie à l’intérieur de mon tronc, tel le sang qui coule dans vos veines. J’ai aspiré encore plus fort tout ce que vous rejetez et vous ai rendu de l’oxygène. Car oui ma soif de vivre vous a aussi aidé à vivre.

Il m’en a fallu des années de labeur et de détermination avant de devenir ce grand et bel arbre. Mon écorce en fut le témoin. Nombre de cernes se sont formés, preuves de ma sagesse. Je régnais, il y a peu encore, sur une petite forêt, tel l’ancien que vous écoutez au coin d’un feu. Le feu! Non, je n’aime pas ce mot, il me fait si peur.

Un jour frais et ensoleillé comme je les aimais, je vis un groupe d’hommes entrer dans ma forêt. Les arbres sont méfiants des hommes. Vous êtes capables de tant de cruauté envers mes semblables. Ils se sont approchés et c’est là que j’ai réalisé. Cette fois, c’était mon tour. Les haches de mes bourreaux, luisantes au soleil levant, ne mentaient pas sur ce qui allait se passer. Ils se sont mis autour de moi, entonnant un chant, une prière vantant ma longue vie. Je ne crois pas que ces hommes savaient que je les voyais. Ils me prenaient pour une chose sans vie, dénuée de pensée, de sentiments.

J’ai ressenti tant de souffrance jusqu’aux plus profondes de mes racines. Chaque coup entaillait mon tronc un peu plus. Ma sève me quittait doucement. Les oiseaux, autrefois nichés en moi, se sont envolés. Ils ont senti qu’il était temps de construire un nouveau foyer. 

Puis ce bruit, celui que je redoutais tant, se fit entendre. Dans un crac étourdissant, je me mis à basculer. Le ciel se mit à tournoyer. Je n’avais jamais vu le monde sous cet angle. 

Ils m’ont traîné croyant m’avoir tué. Mais mon essence s’est élevée et a continué de les regarder. Je voulais savoir ce que je deviendrai. Alors je les ai suivi, des heures durant. Ils m’ont installé, sans douceur aucune, sur d’autres de mes semblables, arrachés eux aussi à leur vie en forêt. Mais je ne crois pas que leur démarche se voulait malveillante. Je les ai entendu parler. Ils disaient que j’étais trop âgé, qu’il fallait laisser de la place dans ma forêt. Je crois qu’il était temps pour moi de m’en aller. 

Le voyage s’est bien déroulé. Je ne ressentais plus de douleur, plus rien même. Ils nous ont déchargés dans une énorme usine. Je ne peux vous raconter toutes les étapes qui se sont passées ensuite. Cela reste traumatisant d’y repenser. J’ai vu des troncs plongés dans des bains qui fumaient, puis broyés, se transformer en tonnes de pâte à papier. Ils nous ont mélangés, sans même nous demander. Mais je dois avouer qu’en faisant abstraction du fait que j’étais l’objet de ces transformations, ce que j’observais avait quelque chose de magique. Cette pâte ainsi obtenue était travaillée, travaillée encore et tout au bout de cette chaîne en sortait du papier, des tonnes et des tonnes de papier. 

Moi un arbre, je me transformais en centaines de feuilles pour ces hommes que je redoutais jadis. A quoi allais-je leur servir? Tant de pages avec ces petites parties de moi, bien rangées, dans de gros cartons entassés.

Et puis ils sont venus me chercher. Encore une fois en camion je fus transporté. Ils m’ont posé, dans ce joli bureau éclairé par un beau soleil doré. J’aurais tellement aimé sentir une nouvelle fois sa chaleur me caresser. 

Il entra soudain, doucement, calmement. Il s’assit derrière ce bureau, muni d’un drôle d’objet et prit délicatement une des feuilles. Il la posa devant lui, et fit glisser délicatement l’objet. Tout doucement, je vis apparaître des signes. Je ne les comprenais pas. 

Chaque jour, patiemment, l’homme (car oui c’était un homme, comme vous qui me lisez) se mettait derrière son bureau, et noircissait le papier, mon papier…moi.

Parfois, il chiffonnait une des pages qu’il lançait au sol, visiblement en colère. Etait-ce ma faute? Mon bois ne donnait-il pas un bon papier?

Il semblait énervé par ce qu’il faisait, mais pourtant les pages finirent par s’entasser.

Un soir, une autre personne entra dans la pièce. Ils s’assirent près du feu. Ce dernier ne me faisait plus peur, il ne pouvait plus me blesser. L’homme se mit à parler. Il racontait à l’autre personne ce qu’il avait noté sur le papier. J’avais finis par comprendre un peu ce qu’il faisait, à force de l’écouter parler.

Écrivain était le terme qu’il employait quand il se décrivait. 

Je me mis à écouter. Sa douce voix, maintenant calmée, racontait l’histoire d’une petite graine, à peine le germe d’une idée, qui devenait arbre. Cet arbre était abattu et transformé en papier qu’un écrivain finissait par utiliser, pour y raconter lui même l’histoire d’un arbre qui deviendrait papier. 

La boucle était bouclée, je pouvais enfin m’en aller. Je sus à ce moment précis que je ne disparaîtrais finalement jamais, car dans le coeur des hommes mon histoire allait perdurer. Maintenant apaisée, mon essence a pu se disperser. Et à vous qui lisez ces mots n’oubliez jamais que cette page que vous tenez a autrefois fait partie d’un être, bien vivant, qui continue peut être, en ce moment même, de vous regarder. 

#eleonore_norine #concoursliterraire #nouvelle #concoursdenouvelle #literrature #ecriture #histoire #apprendreaecrire #reve #devenirecrivain #lce74

Image par Peggy Choucair de Pixabay

N'hésitez pas à laisser un petit mot !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s