L’avenir appartient à la jeunesse

Tant que j’en suis à parler de concours, il y en a eu un aussi auquel j’aurais aimé participer mais j’étais trop juste en timing. Oui, autant une nouvelle on peut se dire qu’en quelques semaines c’est bouclé, autant un roman ca n’est pas le même travail. Je vous ai mis le thème en titre de cet article. J’ai une histoire qui m’est venue assez vite mais à laquelle il manque encore tellement de morceaux… La pression de ce concours ayant disparue, j’ai laissé cette histoire de côté dans un coin, en me disant que peut être, un jour, je la finirai.

Je vous mets le début ici et vous me dites si ca vaut le coup ou pas que je m’acharne !? Est ce qu’en lisant les premières lignes vous auriez envie d’avoir la suite?

6 ans

 “Quand je serais grande, je veux devenir dompteuse de tigres”. Voilà ce que j’ai répondu le jour de ma présentation au CP. Tout le monde a ri, je n’ai toujours pas compris. Qui ne reverrai pas d’être une femme puissante, un fouet à la main qui cingle l’air, capable de faire trembler les plus grands fauves. Une tenue moulante pour galber mes futures formes généreuses. Des strass, des paillettes et des flashs qui n’en finissent plus de crépiter.

Oui, moi, sur mon estrade, dans la classe de madame BENET, j’étais très sérieuse. Le petit Romain au premier rang, avec ses lunettes trop grandes et son air de tête à claques, je me souviens que c’est lui qui a rigolé le premier. “Tu pourras pas faire ça” qu’il disait, “tu fais pas partie d’une famille de cirque”.

Moi, je venais d’arriver dans cette toute nouvelle école. Je ne connaissais personne. C’était fin septembre, la rentrée était déjà loin. Mes parents avaient dû changer de région pour mutation professionnelle. A l’époque, je n’avais pas compris de quoi ils me parlaient, mais ca avait l’air suffisamment compliqué pour que je ne pose pas plus de question. 

Toute la famille a donc fait des cartons pour débarquer de région parisienne, directement dans la petite venise des Alpes. Il faisait encore beau et chaud à cette période de l’année. Le temps était à la fois sec, et doux. Ma maman disait qu’elle préfèrerait sûrement ce climat à l’humidité qui la frigorifiait avant.

Juste après la sonnerie de la récréation, je me souviens que je l’ai claqué cet idiot. Je me suis approchée très fâchée et je lui ai collé une grosse baffe sur la joue. Il a gardé la trace de mes doigts jusqu’à la sonnerie suivante. Moi? Pas capable !? Mais pour qui il me prenait? Moi monsieur, je suis capable de tout.

***

Dès qu’elle est entrée, je l’ai trouvé jolie. Elle avait deux grandes couettes sur les côtés de sa tête. Ses deux grands yeux bleus paraissaient perdus mais déjà déterminés. Elle portait une robe plissée, bleu je crois, lui donnant un air de petite fille sage. Bon, il faut être honnête, j’ai découvert assez vite que ça n’était juste qu’un air !

Moi je devais paraître un peu bête avec mes grosses lunettes. A croire que mon père avait choisi la paire la plus moche de l’opticien juste pour le plaisir. 

Ce jour là, la nouvelle a été amenée par la directrice. Madame BENET, l’institutrice, lui a demandé de monter sur l’estrade. Elle a donné son prénom, Lison. Après on a pu lui poser des questions. D’où elle venait, ce qu’elle aimait manger, si elle savait déjà lire. Enfin, plein de trucs pour apprendre à la connaître. Marc lui a demandé ce que faisaient ses parents comme métier. Elle a répondu que son père était ingénieur et sa mère, maman au foyer pour s’occuper de son grand frère et d’elle. C’est sur, sa famille ne ressemblait pas du tout à la mienne. Moi j’étais fils unique. Ma mère était tout le temps à son travail. Un truc très sérieux qui me paraissait d’un ennui mortel quand j’étais enfant. Et mon père lui s’occupait des espaces verts d’Annecy, notre commune d’habitation. 

Comme notre maîtresse ne voulait pas non plus la traumatiser, elle avait transformé ce moment en une sorte de jeu. Lison avait aussi le droit de poser des questions à qui elle voulait. Elle a interrogé une fille au dernier rang dont le prénom m’échappe, pour savoir où elle habitait car elles s’étaient croisées le week-end juste avant. Elle ne m’a rien demandé à moi. Je ne sais pas pourquoi mais ça m’a sacrément vexé. Je crois ensuite que c’est une gamine qui s’appelait Chloé ou Coralie qui lui a demandé quel métier elle voudrait faire quand elle serait grande. Je m’attendais à maîtresse, les filles disaient toujours ça. Ou infirmière, ou couturière. Mais non ! Elle, elle a répondu, dompteuse de tigres. Non mais tu te rends compte, dompteuse ! 

Je me suis dis mais n’importe quoi. Elle venait de nous parler de sa famille et personne n’était jongleur ou cracheur de feu. On ne rentre pas comme ça au cirque. Alors j’ai levé la main, et quand madame BENET m’a autorisé à parler, je lui ai dis ce que j’en pensais. En même temps, elle aurait pu m’en poser des questions à moi. Au moins là, elle allait me voir. J’ai su très vite que ça ne lui avait pas plus du tout. Mais en même temps, c’est ce jour là que j’ai compris qu’il ne fallait pas contrarier une fille !

Quand je suis arrivé dans la cour pour la récréation, je me suis retourné pour appeler mon copain Diego. On jouait toujours au ballon, enfin, quand on ne se l’était pas fait piquer par des plus grands. Pas facile le CP ! Je l’ai vu arriver d’un pas décidé. Elle a foncé directement vers moi, et sans même me parler, elle m’a collé la plus grosse claque de ma vie. Je m’en souviens comme si j’y étais. Mes lunettes se sont envolées. J’étais mort si jamais je rentrais avec un verre cassé. Je l’ai détesté à ce moment là et en même temps, elle m’a vraiment impressionné. Du haut de ses 6 ans c’était déjà une sacrée nana.

***

En rentrant, j’ai dis à maman ce qui s’était passé, enfin presque tout. Elle m’a dit “ma princesse (c’était mon petit nom) ne laisse jamais personne t’enlever tes rêves. Si tu crois en toi, tu pourras faire ce que tu veux. Mais par contre Lison…on ne tape pas, tu te souviens?” “Oui, maman” ai-je répondu le plus innocemment du monde. Oui je sais, ce jour là j’ai menti. Je n’ai pas dis que j’étais parfaite en même temps.

Ma maman elle était douce et elle sentait bon la crème nivéa. Elle avait des grosses joues rondes dans lesquelles je pouvais enfoncer ma bouche pour lui faire des gros bisous. J’adorais passer du temps avec elle. Et comme elle était à la maison, on pouvait faire plein de choses ensemble. Dans notre chambre, avec mon frère, nous avions un lit superposé. Lui était de 3 ans mon aîné, alors il dormait en haut. Les mercredi, on passait des heures à construire des cabanes. Ma mère était notre premier fournisseur en serviettes, draps et pinces à linge. C’était génial, j’adorais ces moments. 

Mon préféré, c’était l’histoire du soir. Ma mère s’asseyait sur mon lit et mon frère descendait se mettre à côté de moi sous ma couette. On réclamait “Maman, raconte nous une histoire, une histoire que tu inventes !” 

Et là c’était parti. En quelques secondes, un événement dans la journée, une bêtise, une dispute, tout était prétexte à ce qu’elle transforme ça en histoire épique, avec des princes et des princesses, et c’était nous les héros. Ca n’était jamais assez long pour nous, on en voulait toujours plus. Un jour, elle nous a même refait une version complètement délirante des trois petits cochons. Mon frère a tellement ri qu’il s’est fait pipi dessus.

Je crois que ce soir là, c’est là que tout a commencé. Maman venait d’éteindre la lumière, après nous avoir fais un bisou et dit qu’elle nous aimait. Mon esprit a commencé à se balader. Je m’imaginais sur un cheval, lancé au galop. J’étais plus grande, beaucoup plus grande. Je ne dormais pas non, mais je rêvais quand même. Au loin j’apercevais un homme au sol, visiblement blessé. Un troupeau de taureaux arrivait à toute vitesse, prêt à le piétiner. N’écoutant que mon courage, je lançais mon destrier dans sa direction pour le secourir. Je galopais, galopais encore dans sa direction. Je commençais doucement à m’assoupir mais pourtant non, je ne voulais pas encore dormir. Mon rêve n’était pas fini. Je faisais accélérer le cheval, déjà hors d’haleine et enfin j’arrivais à la hauteur de l’homme. Il était déjà trop tard pour le hisser sur la monture. Je me postais donc devant lui pour le protéger et permettais de dévier le troupeau pour le sauver. Mon rêve s’est terminé au moment où j’ai vu son visage, il me souriait, il m’était familier, c’était Romain.

***

J’avais encore la joue qui me faisait mal le soir quand je suis rentré. Elle me donnait l’impression d’être gonflée et toute chaude. Mon père était venu me chercher à l’école comme à chaque fois. Il me disait en rentrant de faire mes devoirs tout seul, que j’étais grand.  Le soir, je me souviens que j’ai parlé d’elle, de la petite nouvelle. Mon père n’aimait pas trop que je parle quand il regardait les informations à la télévision en mangeant. Il m’a vite dit de me taire. Pourtant, moi j’avais envie de lui parler, de lui raconter ma journée. Par contre hors de question que je lui parle de l’épisode de la claque. Elle m’avait fait mal mais je sais que je l’avais mérité. Pour le coup, j’avais attiré son attention ! 

Après le dîner j’avais le droit de regarder les dessins animés. Ensuite c’était la douche et après au lit. J’ai vite appris l’autonomie, même petit. Par contre j’avais souvent peur le soir. Un espèce de sensation qui m’envahissait et me faisait accélérer le coeur. Je savais qu’il ne fallait pas faire de comédie, sinon mon père allait se mettre en colère. Oh non, il ne me tapait pas, c’était un bon père. Mais il rentrait fatigué le soir. Son métier lui donnait mal partout et il voulait être tranquille. Avec le recul, je crois qu’il avait du mal à supporter que sa femme ait un métier mieux payé que lui. S’occuper de son gamin au quotidien, ca ne devait pas être sa conception du père. 

Ma maman rentrait souvent quand j’étais couché. J’attendais toujours le plus possible. J’essayais de ne pas m’endormir mais du haut de mes 6 ans les bras de morphée étaient parfois plus puissants que moi. J’attendais mon moment du soir. Ma maman venait toujours me faire un bisou, même quand je dormais. Enfin c’est ce qu’elle m’a toujours dit. On ne la voyait pas beaucoup avec ses réunions qui n’en finissaient plus. Alors ce moment pour moi a toujours été précieux. Fils unique, je n’avais personne pour jouer avec moi, personne pour me consoler quand je tombais. Mon câlin du soir, c’était mon seul moment tendre de la journée, alors je faisais tout pour ne pas le louper. Quand je commençais à sombrer, je me tapais les joues, ou je me pinçais parfois. Quand j’entendais la clef entrer dans la serrure de la porte d’entrée, c’était le signe que j’avais gagné. Alors elle arrivait et poussait doucement la porte. Elle se penchait vers moi, avec son odeur parfumée à la rose. Elle me disait toujours “tu ne dors pas mon grand, il ne faut pas m’attendre tu sais, il faut dormir”. Et puis elle déposait un bisou sur mon front et collait ensuite sa joue contre la mienne. Voilà, chez moi c’était la seule marque d’affection. Après, je pouvais m’endormir. Mais ce soir là, c’est elle que j’ai vu en fermant les yeux…Lison.

***

Le lendemain soir à la sortie de l’école, le père de Romain a discuté avec ma mère. Je n’ai pas vraiment entendu ce qu’ils disaient, mais d’un coup, son père l’a attrapé par l’oreille et l’a traîné jusque devant moi. J’ai eu une de ces peurs ! Mais je ne l’ai pas montré. Romain a dû s’excuser de s’être moqué, deux fois même, car il ne l’avait pas dit assez fort au début.

Il était rouge de honte et de douleur, il ne voulait même pas me regarder. Il se retenait de pleurer mais j’ai bien vu des larmes couler. J’ai bien cru que pour se sauver il allait me dénoncer…pour la claque. Mais non, même pas. Il a serré les dents et a attendu que son père le lâche. Ce jour là il s’est bien fait sermonner. Je crois qu’il s’en souvient encore !

J’ai eu un peu honte de moi. Je ne voulais pas que ça aille si loin. Dès le lendemain, on ne s’est plus quittés. Je crois que finalement ca nous avait soudé.

***

“Diego, par là, lance”. C’est les derniers mots que j’ai pu prononcer avant que mon oreille se fasse attraper. Ce jour là, je n’ai pas compris ce qui m’arrivait. Mon père m’a presque soulevé de terre tellement il tirait fort. Il râlait en marmonnant, en me disant que c’était inadmissible, qu’elle venait juste d’arriver et que moi je faisais déjà des bêtises. Que j’avais été méchant et que j’avais intérêt à m’excuser.

On a traversé le trottoir, au milieu de tous mes copains et leurs parents, la honte. Il m’a fait pivoter pour me mettre juste devant elle. Je ne voulais pas la regarder alors je me suis concentré sur mon lacet à moitié défait. J’avais mal, je me retenais de pleurer mais je n’y arrivais pas vraiment. Je trouvais ça tellement injuste. Je n’avais pas été gentil oui mais elle, elle m’avait tapé quand même. 

Si je parlais, c’était sur, elle allait se faire gronder. Et même si elle m’avait mis en colère, je devais bien reconnaître que je ne lui voulais pas de mal. Alors je lui ai dis “pardon”. Mon père a tiré un coup et m’a dit “plus fort ! On a rien entendu !”.

J’ai vraiment dû l’impressionner parce que dès le lendemain, elle est venue me ramener le ballon qu’un CM1 m’avait piqué. Elle m’a dit “tu veux être mon ami”. Evidemment, j’ai dit oui.

***

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Image par Fathromi Ramdlon de Pixabay

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